Entrevue avec Jonathan Stray, Overview Project

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Jonathan Stray, The Overview Project
Interview by: Frédéric Dubois

Jonathan Stray a été formé en tant qu'informaticien. Il a développé des logiciels pour la société Adobe. Après un temps, il s'est mis à voyager et a posé ses valises à Hong Kong, où il a pu travailler en tant que journaliste pigiste. « J'ai arrêté d'écrire des logiciels, mais j'ai très vite découvert qu'il existe beaucoup de liens entre l'informatique et le journalisme », se rappelle Jonathan. Jonathan a passé les deux dernières années à tisser ces liens en menant la production de récits interactifs et de data journalisme auprès du géant de l'actualité AP. Son nouveau dada s'intitule The Overview Project. Nous l'avons interviewé en vue de l'évènement Data, récits & cie.

 

Quelle est votre définition du data journalisme ? 

Pour commencer, ma définition de data  est : une collection d'items similaires. À mon avis, les données ne sont pas seulement issues de bases de données ou de chiffres. Elles existent sous différentes formes : registres historiques, fichiers informatiques, information au sujet de ce monde. Si ces données sont systématiques, elles peuvent nous révéler des choses que les reportages individuels n'arrivent pas à faire. Contrairement à l'analyse d'un acte isolé, le data journalisme consiste à observer les motifs récurrents d'un tout. En une phrase, le journalisme de données c'est trouver, vérifier, faire rapport sur, puis publier des données dans l'intérêt public.

Il y a cette idée que les données sont la vérité. Mais tout comme dans chaque propos journalistique, le data journalisme implique des choix éditoriaux : quoi retenir ? Quoi laisser de côté ? La clé est de faire les bons choix afin que le récit ne soit pas trompeur, particulièrement dans le cas où il inclut une  visualisation de données.

 

Qu'est-ce que le 'Overview Project' ?

Le projet Overview consiste à construire un outil pour aider les journalistes aux prises avec de très importants ensembles de documents texte. Nous connaissons tous les engins de recherche, mais avec des milliers de pages de langage humain, vous aurez besoin d'un outil permettant de générer  une représentation visuelle du contenu. Cela vous fournit en quelque sorte une table des matières visuelle. Le but est de tomber sur des renseignements que vous n'auriez jamais cherché au préalable.

Par exemple, les sociétés cotées en bourse aux États-Unis - et je suis certain que c'est le cas ailleurs aussi - ont à divulguer le détail sur l'achat d'actions, l'émission d'une offre publique d'achat ou toute autre transaction financière. À chaque jour, 10 000 nouveaux documents aterrissent ainsi dans le domaine public. Si les journalistes désirent rester à jour, en théorie, ils auraient à lire toutes ces divulgations. Le 'Overview Project' veut permettre aux journalistes de faire main basse sur certaines tendances afin de déterrer des trouvailles dont ils ne seraient pas doutés au départ. 

Nous avons récemment fait des pas de géants sur la transparence, particulièrement avec l'arrivée des lois sur l'accès à l'information. Nous oublions souvent que ces lois sont relativement nouvelles. Dans certains pays elles ont été introduites il y 10 ou 20 ans seulement. Ajoutons à cela le mouvement des données ouvertes et le résultat est conu : il y a plus de données de cueillies que jamais et l'accès aux données s'est amélioré. Or, la question de base à laquelle je tente de répondre est comment les journalistes peuvent analyser toute cette information. Le premier prototype sera disponible à la fin septembre.

 

Pourquoi le journalisme de données n'est-il pas plus généralisé ?

Le journalisme propulsé par les données se retrouve dans de plus en plus de médias d'information. L'une des raisons pour laquelle ce n'est pas encore une norme est que ce type de journalisme requiert des compétences particulières. Les rédactions n'ont pas tenté de trouver et valoriser ces compétences. Ce n'est plus seulement un jeu qui se joue entre rédacteurs et reporters. Nous nous devons d'encourager des gens qui aiment les statistiques, les mathématiques et les logiciels, afin qu'ils se joignent aux équipes médiatiques. La connaissance au sujet des données est un volet essentiel du journalisme d'aujourd'hui et de demain. Cela ne signifie pas que tous doivent être des experts en données, mais tous ceux qui font partie d'une rédaction devraient comprendre ce que sont les données et à quel moment elles peuvent être mises à profit dans un récit.

Si vous désirez en savoir plus sur la pratique du data journalisme de Jonathan Stray, assistez à Data, récits & cie le 6 septembre à Montréal. Enregistrez-vous: http://media.mcgill.ca

 

Hyperliens d'intérêt

Associated Press interactive http://twitter.com/ap_interactive

Les billets de Jonathan Stray sur le blogue du Nieman Journalism Lab http://www.niemanlab.org/author/jstray/