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Maryse Ouellet | Le sublime par l'image : contemporanéité du sublime dans l'art actuel

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Ma thèse porte sur la contemporanéité du sublime réactualisé dans l’art médiatique au vingt et unième siècle. Elle repose sur la prémisse selon laquelle le sublime est une expérience affective et esthétique d’élévation dont les critères varient en fonction de la manière selon laquelle les membres d’une collectivité, à une époque et dans une culture donnée, conçoivent la place et le rôle qu'ils occupent dans le monde. L’objectif de la thèse est donc d’historiciser la réémergence du sublime en examinant le mode de relation entre humain et non-humain sur lequel reposent les représentations et productions artistiques du sublime. Pour ce faire, mon analyse se penche sur les œuvres vidéos et installations multimédias de quatre artistes contemporains : Shirin Neshat, Olafur Eliasson, Ryoji Ikeda et Ursula Biemann. Ma démonstration est structurée en quatre chapitres : le premier présente mon hypothèse et situe ma démarche par rapport aux plus récentes recherches portant sur la contemporanéité du sublime dans l’art; les trois chapitres suivants se penchent sur une ou quelques œuvres et présentent chacun un élément de réponse à l’hypothèse.

 

Chapitre 1

Ce chapitre s’articule autour de deux objectifs. Le premier vise à démontrer comment le concept du sublime intègre et reflète la représentation dualiste du monde caractéristique de la modernité, puis la réponse éthique que la pensée postmoderne oppose à ce dualisme. Le second objectif du chapitre vise à présenter l’originalité de ma démarche en comparant mon orientation méthodologique à celle préconisée par les auteurs des plus récentes études portant sur le sublime dans l’art contemporain. La comparaison repose sur une revue de littérature mettant en évidence la persistance d’une conception postmoderne du sublime chez les auteurs mêmes qui s’efforcent de s’en distinguer afin de définir un sublime contemporain.

Chapitre 2

Le premier des trois chapitres consacrés à l’analyse du corpus prend pour objet la série de films Turbulent (1998), Rapture (1999) et Fervor (2000) de l’artiste iranienne Shirin Neshat. Au cœur du chapitre se trouve la question du sublime comme expérience subjective, examinée à partir d’une perspective féministe. L’objectif est de démontrer les limites du sublime postmoderne en confrontant l’une des seules formes d’application de ses concepts, soit la théorie du sublime « féminin », avec la représentation du sublime dans les films de Neshat.

Chapitre 3

Le troisième chapitre revisite l’un des thèmes centraux du sublime moderne, celui de la nature. Il se penche sur deux œuvres conçues et perçues comme représentatives du sublime, tant par leur effet spectaculaire que par leur thème ou leur iconographie, le Weather Project (2003-2004) d’Olafur Eliasson et les installations systematics et datamatics (version présentée en 2012 à Montréal) de Ryoji Ikeda. La question de l’origine objective du sublime ou celle du rapport entre l’expérience subjective du sublime et une cause extérieure au sujet loge au cœur de ce chapitre. L’objectif est de comprendre ce qu’il advient du sublime lorsque notre conception de la nature ne correspond plus au naturalisme moderne.

Chapitre 4

Le quatrième chapitre tire les conclusions des deux précédents chapitres en en replaçant dans le contexte de l’Anthropocène. L’objectif est de comprendre en quoi la transformation du rapport entre humain et non-humain mise en évidence dans les œuvres du corpus s’avère représentative de l’époque contemporaine. La démonstration repose sur une analyse de l’œuvre vidéo Deep Weather (2013) d’Ursula Biemann, qui porte sur les causes et les conséquences du réchauffement climatique. Elle s’intéresse à la manière dont l’œuvre révèle le rapport d’interdépendance entre l’humain et le non-humain. Ce chapitre portera une attention particulière à l’usage que Biemann fait des médias pour rendre sensible l’interrelation entre des actions et des phénomènes de nature apparemment incomparables.