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Médium du portrait, portrait du médium : les « spécificités historiques » du pastel dans le long XVIIIe siècle

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Isabelle Masse

 

Ma thèse doctorale se situe à l’intersection de l’histoire des médiums et du portrait. Elle s’intéresse aux « spécificités historiques » du pastel en tant que médium du portrait dans le long XVIIIe siècle. Elle rend compte des manières d’interpréter, d’appréhender et de percevoir la nature de ce médium à un tournant du développement des arts et de la société. À partir de sources d’époque, imprimées et manuscrites, la recherche aborde la construction du médium sous les angles théorique, matériel et politique, en adoptant une approche issue de la théorie des médias. Le premier chapitre expose les différentes spécificités théoriques que les contemporains du XVIIIe siècle attribuent au pastel dans les discours sur l’art. Il s’attarde à la conception canonique véhiculée par les critiques, dictionnaires et traités destinés aux artistes. Le chapitre suivant, fondé sur une étude de cas, analyse la manière dont les praticiens d’autrefois envisagent la matérialité brute du médium. À l’aide de documents d’archives, il examine de réputés crayons de pastel fabriqués en Suisse au XVIIIe siècle. Il se concentre sur les jugements portés sur leurs propriétés physiques, avec les implications artistiques, techniques et marchandes qui en découlent. Le troisième chapitre s’intéresse ensuite au médium dans une perspective politique. S’appuyant sur les récits entourant le premier portrait de Marie-Antoinette commandé à Joseph Ducreux (1735–1802) par la famille royale française, il explore la fonction médiatrice accordée au pastel dans l’alliance matrimoniale de l’archiduchesse d’Autriche et du dauphin de France. Enfin, le dernier chapitre étudie les mutations que subit le pastel dans ses liens au genre du portrait à l’aube du XIXe siècle. En considérant l’œuvre contre-canonique de Gerrit Schipper (1775–ca.1825), un pastelliste itinérant qui travaille avec un appareil reproduisant optiquement les profils, ce chapitre conclusif fait valoir que la nature du pastel, telle qu’elle avait été envisagée au siècle précédent, se transforme théoriquement, matériellement et politiquement, et qu’elle tend à anticiper les développements médiaux du portrait qu’apportera la photographie.