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Isabelle Masse | Médium et sensation : Histoires croisées dans le portrait français du XVIIIe siècle

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Le projet de recherche sera consacré à la rédaction d’un chapitre de thèse qui prendra potentiellement la forme d’un article de revue avec comité de lecture. Le médium et la communication seront au cœur de ce projet. En effet, le chapitre se penchera sur les liens que tisse le médium du pastel avec les conceptions historiques de la perception sensorielle. Ma thèse doctorale qui porte sur le portrait au pastel dans la France du XVIIIe siècle étudie l’impact du médium sur les conditions de l’expérience esthétique. Elle s’intéresse en particulier à la matérialité du pastel, c’est-à-dire à ses propriétés sensibles en tant que vecteurs de communication. Une de ses hypothèses veut que le pastel se présente comme un médium de la modernité, plus précisément un médium du portrait moderne, et qu’il favorise un rapport pragmatique à l’image au détriment d’une lecture sémantique des éléments représentés. Dans mon interprétation, le pastel tend à stimuler les sens avant l’intellect et participe d’un virage historique dans les conditions de la réponse spectatorielle. Mais le médium n’évolue pas en autarcie : il s’intègre à un réseau de facteurs interdépendants, notamment de type somatique, environnemental et social, propre à un contexte. Le chapitre traitera de l’un de ces facteurs d’ordre épistémologique : les théories sur la perception et la sensation. Il postulera que la pensée philosophique et scientifique du XVIIIe siècle français, à travers sa compréhension des phénomènes sensoriels, trouve un corollaire dans l’expérience du pastel. L’approche rappelle celle de l’anthropologue Daniel Miller qui, dans son ouvrage Materiality, affirme : « We try to recognize that in a given time and place there will be a link between the practical engagement with materiality and the beliefs or philosophy that emerged at that time » (2005, 15). Du point de vue méthodologique, ma démarche impliquera moins d’analyser les concepts historiques dans leurs subtilités que de rapprocher leurs vulgarisations populaires, celles accessibles à la communauté artistique de l’époque, avec les paramètres régissant la réception des œuvres d’art. Il s’agira alors d’explorer comment, par exemple, les généralités répandues sur la philosophie sensualiste ou la science optique font écho, historiquement, à une expérience physique et affective de la médialité. L’analyse de sources primaires, en l’occurrence des traités destinés aux amateurs de philosophie, de science et d’art, servira de porte d’entrée à cette exploration. Ainsi, en tenant compte de la matérialité et des pratiques du médium dans l’expérience esthétique, de même qu’en situant celle-ci dans une perspective épistémologique, le projet envisagé se propose d’offrir une lecture alternative à l’historiographie existante sur le pastel, une historiographie abondante, certes, mais qui demeure aujourd’hui encore largement étrangère aux débats critiques en histoire de l’art.